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/uploads/Merci le train

Le son du train qui arrive, les bruits de la gare, les rails qui portent le courant, les images qui défilent derrière la vitre. 
Un paysage qui ne laisse de marbre aucun écrivain et Dieu sait pourquoi…cela fait remonter mon esprit à un jour d’été bien lointain. 
Il était une fois il y a 6 ans de cela, j’ai pris le train un jour après des années d’abstinence. 
J’ai choisi le siège solo du train navette, mon préféré. Seule, j’étais en face du dossier du siège d’en face. Blanc d’origine, jaunâtre en réalité, avec une signature au coin: Amine & Fati pour la vie. 
J’avais devant moi 35 minutes de route, pas grand chose…mais c’était pourtant le seul temps à moi que j’allais avoir depuis des années. 
Adossée à la fenêtre du train, j’ai été prise d’un ancien réflexe du temps de mon adolescence où j’étais une habituée des trains et des bus loin des routines de la voiture et de l’anesthésie de la vie d’adulte : Je prend mon calepin et un stylo et sans le sentir je remplis 35 minutes de mots, équivalents à des dizaines de pages sorties de je ne sais où . Probablement quelque part parmi les dizaines d’années de silence et d’expédition des affaires courantes. Des dizaines d’années passées à écrire bcp plus d’ordonnances que de prose, et à cogiter bcp plus sur des questions d’examen que sur la vie. Les études en médecine étaient finies. Mon diplôme de spécialiste était en poche, le plan A était sécurisé: devenir médecin, devenir maman, rester en vie… avant de souffler sa 30ème bougie de préférence. Ordonnance sociale. 
Mais la lettre A n’était que la première lettre de l’alphabet…et très insuffisante pour élaborer une phrase ou un mot complexe. 
Alors ce jour là , à bord du train… j’ai décidé d’écrire… à nouveau. 
Ce jour là, à bord du train … j’ai décidé de ressusciter. 
Ce jour là, à bord du train, j’ai décidé d’être moi, et de ne plus taire ce que je suis et ce que j’aime. 
Merci le train.